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Charles Perrault

 
Charles Perrault. Source: Wikipedia

Charles Perrault, né le à Paris et mort au même endroit le , est un homme de lettres français, célèbre pour ses Contes de ma mère l’Oye.

Auteur de textes religieux, chef de file des Modernes dans la Querelle des Anciens et des Modernes, Charles Perrault est l'un des grands auteurs du XVIIe siècle. L'essentiel de son travail consiste en la collecte et la retranscription de contes issus de la tradition orale française. Il est l'un des formalisateurs du genre littéraire écrit du conte merveilleux.

Biographie

Enfance et débuts

Charles Perrault est né dans une famille bourgeoise tourangelle installée à Paris. Son grand-père a été brodeur du roi, son père Pierre († 1652) avocat au Parlement de Paris s'est marié en 1608 à Paquette Le Clerc († 1657) qui lui donne sept enfants. Charles est le dernier de cette fratrie : Jean, l’aîné, avocat comme son père, meurt en 1669 ; Pierre (1611-1680), receveur général des finances, perd pour indélicatesse son crédit auprès de Colbert en 1664 ; Claude (1613-1688), médecin et architecte, membre de l'Académie des sciences et du Conseil des bâtiments, publie des ouvrages d’histoire naturelle et d’architecture, on lui doit notamment la colonnade du Louvre ; Nicolas (1624-1662), amateur de mathématiques et théologien, est exclu de la Sorbonne pour jansénisme en 1656 ; Marie, l’unique fille, meurt à treize ans ; il a également un frère jumeau, François, mort en bas âge, à 6 mois.

Charles Perrault est baptisé le en l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris. Son parrain est son frère Pierre et sa marraine est Françoise Pépin, sa cousine.

Il fait des études littéraires brillantes au collège de Beauvais à Paris dont il raconte, dans ses Mémoires, qu’y étant élève de philosophie, il quitta la classe à la suite d’une discussion avec son professeur, en compagnie d’un de ses camarades. Tous deux décident de ne plus retourner au collège, et ils se mettent avec ardeur à la lecture des auteurs sacrés et profanes, des Pères de l'Église, de la Bible, de l’histoire de France, faisant de tout des traductions et des extraits. C’est à la suite de ce singulier amalgame de libres études qu’il met en vers burlesques le sixième livre de l'Énéide et écrit les Murs de Troie ou l’Origine du burlesque.

Reçu avocat en 1651 après avoir obtenu sa licence de droit, il s’inscrit au barreau mais, s’ennuie bientôt de « traîner une robe dans le Palais ». En 1653, il publie avec son frère Claude un poème, « Les murs de Troie ou L'origine du burlesque ». Un an plus tard, il entre en qualité de commis chez son frère qui était receveur général des finances. Cette place lui laissant du loisir, il en profite pour se livrer à son goût pour la poésie.

Au service des Académies

Il est chargé par Colbert de la politique artistique et littéraire de Louis XIV en 1663 en tant que secrétaire de séance de la Petite Académie, puis en 1672 en tant que contrôleur général de la Surintendance des bâtiments du roi. Dès lors, Perrault use de la faveur du ministre au profit des lettres, des sciences et des arts. Il n'est pas étranger au projet d’après lequel des pensions sont distribuées aux écrivains et aux savants de France et d’Europe.

À 44 ans, il épouse une jeune femme de 19 ans, Marie Guichon, avec qui il a quatre enfants.

Perrault contribue également à la fondation de l’Académie des sciences et à la reconstitution de l’Académie de peinture. Il fait partie, dès l’origine, de la commission des devises et inscriptions qui devint l’Académie des inscriptions et belles-lettres mais à la mort de Colbert en 1683, il perd sa charge de contrôleur général et est exclu de cette Académie. Entré à l’Académie française en 1671, il y donne l’idée des jetons de présence, de rendre publiques les séances de réception et de faire les élections « par scrutin et par billets, afin que chacun soit dans une pleine liberté de nommer qui il lui plairait. » C’est lui encore qui rédige la préface du Dictionnaire de l'Académie en 1694.

Œuvres

Perrault était un touche-à-tout littéraire qui s’essaya au genre galant avec Dialogue de l’amour et de l’amitié (1660) et Le Miroir ou la Métamorphose d’Orante. Toutes ses productions littéraires se bornaient à quelques poésies légères, comme le Portrait d’Iris, lorsqu’il lut à l’Académie, le , un poème intitulé le Siècle de Louis le Grand. Ce poème, où Perrault, parlant avec assez peu de respect d’Homère, de Ménandre et des plus révérés d’entre les auteurs classiques, plaça pour la première fois le XVIIe siècle au-dessus de tous les siècles précédents, tient une place importante dans l’histoire des lettres en ce qu’il inaugure la Querelle des Anciens et des Modernes. Perrault, qui sera le chef de file des partisans des Modernes, y explique l’égalité nécessaire entre les différents âges par une loi de la nature :

À cette lecture, Boileau se leva furieux, disant que c’était une honte de la supporter. D’autres académiciens, qui y voyaient une flatterie pour eux-mêmes, applaudirent vivement. Racine félicita ironiquement Perrault d’avoir si bien mené ce jeu d’esprit et d’avoir si parfaitement rendu le contraire de ce qu’il pensait. Ainsi naquit une des plus fameuses querelles littéraires, s’il est vrai, comme on l’a dit, que ce fut pour répondre à Racine que Perrault entreprit une démonstration méthodique de sa thèse et publia le Parallèle des anciens et des modernes (Paris, 1688-1698, 4 vol. in-12), ouvrage écrit sous forme de dialogue entre un président savant et un peu entêté, un chevalier léger, agréable et hardi, et un abbé qui représente la modération. Son quatrième tome consacre une part importante à l’architecture, reprenant les idées que son frère Claude Perrault avait développé dans ses ouvrages, en se posant à l’encontre des canons éternels de la notion du beau.

Boileau répondit par des épigrammes et dans les Réflexions sur Longin. Dans cette discussion, où les adversaires avaient à la fois raison et tort à différents point de vue, et où, suivant chacun sa voie, ils se répliquaient sans se répondre, Perrault l'emporta en général par l’urbanité. On l’injuriait, il ripostait d’un ton spirituellement dégagé :

Perrault se laissa cependant aller à quelques paroles trop vives dans son Apologie des femmes, qu’il publia en 1694, pour répondre à la satire de Boileau contre les femmes. Les deux ennemis furent réconciliés, du moins en apparence, en 1700 et leur querelle fut continuée par d’autres écrivains.

Perrault avait commencé en 1696 et termina en 1701 un ouvrage intitulé les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (2 vol. in-fol.), recueil de cent deux biographies, courtes, précises et exactes, accompagnées de magnifiques portraits gravés.

Mais ce qui a fait l’immortelle popularité de Charles Perrault, ce n’est ni cette riche publication, ni ses discussions littéraires, c’est le petit volume intitulé Contes de ma mère l’Oye, ou Histoires du temps passé (1697, petit in-12, édition très rare et contrefaite la même année) qu’il publia sous le nom de son jeune fils, Perrault d’Armancourt.

Critiques de l'œuvre de Charles Perrault

Comme Charles Perrault n'a couché par écrit que les versions qu'il avait entendues, et du fait de la forte légitimité de l'écrit, les contes dits « de Perrault » ont souvent pris le pas sur les autres versions des mêmes histoires, issues du patrimoine oral de France et du monde entier. Ainsi, Pierre Dubois pense que Charles Perrault a considérablement modifié la perception de la fée en faisant des « belles de mai » mentionnées dans les anciennes croyances des femmes raffinées, délicates et élégantes fréquentant la cour dans ses contes, détruisant ainsi leur symbolisme originel lié au renouveau de la nature. Selon lui, il « détourne et dénature » les fées des saisons avec l'ajout de ses morales.

Cependant, le point de vue de cet auteur, Pierre Dubois, est lié à la perception écologique que l'on a des fées en cette fin de XXe et début de XXIe siècle, bien que les auteurs de Fantasy (dont il fait partie) dépeignent rarement les fées comme étant des ordonnatrices de la Mère Nature. Pour Perrault les fées sont surtout les instruments du Destin et des magiciennes comme elles l'ont été durant tout le Moyen Âge. Ne disait-on pas fée pour désigner un objet magique, alors que tout ce qui était lié à la nature et à son renouveau était selon Paracelse plutôt du domaine des éléments et de leurs représentants, les elfes, les lutins, les trolls. Dans la légende arthurienne de la Table Ronde, Viviane et Morgane ne sont pas des fées des saisons mais bel et bien des magiciennes. Les fées de Perrault ne sont pas les délicates fréquentant la cour comme dit cet auteur de bandes dessinées, le conte Les fées met en scène une magicienne qui tour à tour endosse l'apparence d'une vieille femme puis d'une dame pour rendre justice à la bonté, la fée de Cendrillon transforme une citrouille en carrosse mais nulle part il n'est question d'une femme de cour, elle est une marraine, une protectrice et quant à la vieille fée dans La belle au bois dormant, elle serait plus proche de la sorcière jeteuse de sorts. Perrault était un écrivain philosophe qui a laissé dans ses contes les traces d'un enseignement hermétique comme le souligne Armand Langlois dans son analyse des contes de Perrault. Il n'était pas un auteur de Fantasy, il n'a jamais prétendu endormir les enfants avec de jolies histoires mais c'était un moraliste qui a utilisé le merveilleux pour éduquer et donner une direction pour l'accomplissement de la personne humaine.

Les Contes

Chronologie des éditions

En 1691, Perrault publie une « nouvelle » en vers :

  • La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis

En 1693, il publie un premier « conte en vers » dans le Mercure galant :

  • Les Souhaits ridicules

En 1694, il réunit dans une même édition les deux œuvres précédentes et y ajoute une troisième histoire, deuxième « conte en vers » :

En 1696 paraît dans le Mercure galant un conte en prose : La Belle au Bois dormant.

L’année suivante, sort de chez Claude Barbin un volume intitulé Histoires ou Contes du temps passé (1697). Ce volume contient les huit contes en prose suivants :

Ce recueil subit deux contrefaçons la même année : l'édition de Jacques Desbordes, à Amsterdam, Histoire ou Contes du temps passé. Avec Moralitez, et l'édition du Prince de Dombes, à Trévoux, Histoires ou Contes du temps passé. Avec des Moralitez.

La paternité des Contes

Il fait paraître son recueil sous le nom de son troisième fils, Pierre Darmancour, ou d’Armancour, Armancour étant le nom du domaine que Charles vient d’acquérir et d’offrir à Pierre. Ce dernier, né en 1678, aspirait à devenir secrétaire de « Mademoiselle », nièce de Louis XIV, à qui est dédicacé l’ouvrage.

De plus, Perrault voulait éviter une nouvelle polémique entre Anciens et Modernes (il était le chef de file de ces derniers) avec la publication de ses Contes. Il s’était réconcilié avec Boileau en 1694. Le nom de son fils lui a donc été d’une grande aide pour éviter la reprise de la querelle.

Cependant, des avis pour l'attribution des Contes en prose au fils subsistent, insistant sur le fait qu'ils étaient trop maladroits et trop immoraux pour être de la main du père.

Le chef-d’œuvre de Perrault

En 1683, Perrault, ayant perdu à la fois son poste à l’Académie et sa femme, décide de se consacrer à l’éducation de ses enfants et écrit Les Contes de ma mère l’Oye (1697).

Il meurt le dans sa maison de la rue de l'Estrapade sur la Montagne Sainte-Geneviève et est inhumé le lendemain en l'église Saint-Benoît-le-Bétourné en présence de son fils Charles Perrault.

Le genre des contes de fées est à la mode dans les salons mondains : les membres de la haute société assistent aux veillées populaires et prennent note des histoires qui s’y racontent. Son recueil intitulé Contes de ma mère l’Oye, où les contes sont à la fois d’inspiration orale (la « Mère l’Oye » désigne la nourrice qui raconte des histoires aux enfants) et littéraire (Boccace avait déjà écrit une première version de Griselidis dans le Décaméron). Le travail que Perrault opère sur cette matière déjà existante, c’est qu’il les moralise et en fait des outils « à l'enseignement des jeunes enfants ». Ainsi, il rajoute des moralités à la fin de chaque conte, signalant quelles valeurs il illustre.

Marc Soriano dit de Perrault qu’il est « le plus méconnu des classiques » : tout le monde connaît ses contes, mais très peu connaissent sa version des contes : ainsi, chez Perrault, le petit chaperon rouge et sa grand-mère finissent mangés par le loup : la version postérieure où le chasseur les sort du ventre est de Grimm. De même, c’est dans Disney que le baiser du prince réveille la Belle au bois dormant (c'est également la version des frères Grimm) : chez Perrault, elle se réveille toute seule après que le Prince se soit agenouillé près d'elle. De même, on a longtemps eu un doute sur la fameuse pantoufle de verre : était-elle en verre ou en vair ? C'est en fait Balzac qui, pour rationaliser les Contes de Perrault, modifia le conte en prétendant qu'il s'agissait d'une pantoufle de vair. Il s'agissait bien d'une pantoufle de verre.

Et la postérité a préféré ne garder que ce que Perrault appelait le « conte tout sec », c’est-à-dire le conte de fée, en oubliant les moralités. Or, les moralités de Perrault sont tout aussi essentielles à ses contes que ne le sont les moralités des Fables de La Fontaine.

Publications

Autres œuvres de Perrault

  • Poème de la peinture
  • Parallèles des Anciens et des Modernes (1688)

Postérité

Adaptations

Adaptations chorégraphiques

Les contes de Perrault inspirèrent plusieurs chefs-d'œuvre du ballet classique, comme :

Adaptations cinématographiques

Il existe de très nombreuses adaptations cinématographiques de ses contes, parmi lesquelles :

  • Le Petit Chaperon rouge, film français d’Alberto Cavalcanti en 1929
  • La Belle et la Bête, réalisé par Jean Cocteau en 1946
  • Cendrillon, dont la version la plus connue est le dessin animé de 1950 par les studios Disney (voir)
  • La Belle au Bois dormant, entre autres par les studios Disney en 1959 (voir)
  • Peau d’Âne, par Jacques Demy en 1970
  • Le Petit Poucet, de Michel Boisrond en 1972
  • Le Petit Poucet, réalisé par Olivier Dahan et sorti en 2001.
  • La Véritable Histoire du chat botté, réalisé par Jérôme Deschamps, Pascal Hérold et Macha Makeïeff, en 2009.

« Remakes » et hommages

  • Leurs contes de Perrault, Éditions Belfond, 2015. Cet ouvrage présente des adaptations contemporaines et décalées des différents contes. Avec des nouvelles de Frédéric Aribit, Nathalie Azoulai, Alexis Brocas, Tahar Ben Jelloun, Manuel Candre, Cécile Coulon, Fabienne Jacob, Hervé Le Tellier, Christine Montalbetti, Gérard Mordillat, Emmanuelle Pagano, Leïla Slimani.

Représentations actuelles de l’œuvre de Perrault

  • le Bois des contes du parc d'attractions Efteling où les contes les plus connus prennent vie.
  • les Scènes animées des Contes, automates créés par Armand Langlois, sont exposées depuis 2005 au château de Breteuil.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

  • La grande oreille, Les contes de Perrault, chemin faisant…, octobre 2003, N˚18. Sous la direction de Henri Gougaud et Lionnette Arnodon. Maison de la Parole : Paris. ISSN 1296-0144
  • Contes de Perrault, Édition critique de Jean-Pierre Collinet, Gallimard, 1981, (ISBN 978-2-07-037281-2)
  • Mémoires de ma vie, Paris, Macula, 1993 (ISBN 978-2-86589-041-5)
  • Jean-Paul Charbonneau, Charles Perrault. 1628-1703, Via Romana, 2017 (ISBN 978-2-37271-078-7) (biographie de Charles Perrault)
  • Patricia Bouchenot-Déchin, Charles Perrault, Fayard, , 360 p. (lire en ligne)

Articles connexes

  • Madame d'Aulnoy
  • Contes de ma mère l'Oye
  • Château d'Ussé

Liens externes

  • Ressources relatives aux beaux-arts :
    • AGORHA
    • J. Paul Getty Museum
    • Royal Academy of Arts
    • (en) National Gallery of Art
    • (sv + en) Nationalmuseum
    • (en + nl) RKDartists
    • (en) Union List of Artist Names
  • Ressources relatives à la littérature :
    • Académie française (membres)
    • NooSFere
    • (en) Internet Speculative Fiction Database
  • Ressources relatives à la recherche :
    • La France savante
    • Persée
  • Dossier Charles Perrault. Encyclopédie de l’Agora.
  • Ressources pédagogiques sur le Chat botté. Site Voix Haute
  • Courte étude sur les Contes avec les textes
  • Charles Perrault, son œuvre en version audio
  • (fr)/(en)/(de) Travaux par Charles Perrault sur LibriVox (livres audio du domaine public)
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Source : Article Charles Perrault de Wikipédia

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