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Avis de lecteurs

Les heures indociles (Éric Marchal)

note: 5Dans le Londres des suffragettes FM - 12 octobre 2019écoutez

Eric Marchal nous propose régulièrement des romans historiques documentés qui restituent bien l’atmosphère et les événements d’une époque, en s’intéressant en particulier à la condition féminine. Dans celui-ci, nous [...]

L'ami (Sigrid Nunez)

note: 5Un chien, un ami FM - 12 octobre 2019écoutez

Ecrivaine, professeuse d’écriture et de littérature, la narratrice vient de perdre un ami très cher dont on comprend qu’il fut pendant de longues années un interlocuteur irremplaçable et stimulant après [...]

Avengers
Avengers : endgame (Joe Russo)

note: 3Bien aimé mais... Florian - 3 octobre 2019écoutez

En ayant vu les précédents films Marvel (pas tous mais une bonne partie), je trouve qu'il y a eu quelques incohérences scénaristiques qui font défauts quand on connaît les films [...]

Murène (Valentine Goby)

note: 5Revivre avec un handicap FM - 12 octobre 2019écoutez

Valentine Goby nous a habitués à des romans bien écrits et très forts, nourris d’histoires vraies sur des thèmes peu traités dans la littérature, mettant souvent en valeur un personnage [...]

Une étincelle de vie (Jodi Picoult)

note: 5Des choix éclairés FM - 12 octobre 2019écoutez

Dans le dernier établissement de santé du Mississipi à pratiquer l’avortement, une prise d’otages a lieu. Au sein de ce huis clos se retrouvent une jeune femme qui vient d’avorter, [...]

Penser (Simon Blackburn)

note: 5une irresistible introduction à la philo Patrick - 2 juin 2019écoutez

Indispensable aux étudiants enfoncés dans "la toile" du www. se creuser les méninges!

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Critiques rédigées par FM

 

Le bal des folles (Victoria Mas)

note: 5Pas si folles que cela FM - 12 octobre 2019écoutez

Paris, 1885.
Depuis le XVIIè siècle, La Salpêtrière est tristement célèbre à Paris, lieu de relégation de toutes les filles et femmes dont on ne veut pas. Mais le Paris de la IIIè République bruisse des nouveautés du professeur Charcot, qui a introduit dans son « service des hystériques » de nouveaux traitements pour les « folles ». Ses séances d’hypnose sont devenues de véritables spectacles.
Eugénie Cléry est une jeune fille hypersensible, intelligente, audacieuse, différente, trop pour sa famille bourgeoise qui n’accepte pas ses velléités de révolte et d’autonomie. Internée, elle va découvrir de l’intérieur la vie de La Salpêtrière. Autour d’elle, des jeunes filles et des femmes aux vies meurtries, victimes de la violence des hommes, des familles, d’une société qui maltraite les femmes.
Riche de beaux personnages et d’une contextualisation bien équilibrée, ce premier roman révèle un vrai talent !

Murène (Valentine Goby)

note: 5Revivre avec un handicap FM - 12 octobre 2019écoutez

Valentine Goby nous a habitués à des romans bien écrits et très forts, nourris d’histoires vraies sur des thèmes peu traités dans la littérature, mettant souvent en valeur un personnage principal cruellement atteint par la vie mais combatif. « Murène » ne déçoit pas en nous emportant dans le destin brisé d’un jeune homme athlétique qui perd accidentellement ses deux bras, épaules incluses. Le récit se situe dans les années 1950 : la majorité des mutilés sont alors des blessés de guerre, et il reste beaucoup de progrès à apporter au soin des civils. Souffrance physique, dépression… François passe par toutes les étapes, avant de retrouver un peu de goût à la vie par la natation – si une murène peut nager, pourquoi pas l’homme amputé ? Nous approchons ainsi l’histoire du handisport, jusqu’à sa reconnaissance dans l’arène olympique.

L'ami (Sigrid Nunez)

note: 5Un chien, un ami FM - 12 octobre 2019écoutez

Ecrivaine, professeuse d’écriture et de littérature, la narratrice vient de perdre un ami très cher dont on comprend qu’il fut pendant de longues années un interlocuteur irremplaçable et stimulant après avoir été un mentor. Il s’est suicidé, prenant son entourage au dépourvu. Cet homme avait un chien, un dogue allemand, dont la veuve ne veut pas s’occuper et qu’elle confie d’autorité à cette amie, la jugeant la mieux placée, la plus proche, pour remplacer le maître disparu. Se sentant engagée moralement, la narratrice accepte, malgré le règlement de son immeuble qui lui interdit d’avoir un chien dans son appartement… Elle s’attache à lui, leur relation se nourrissant aussi de ses souvenirs de l’ami perdu dont ils portent le deuil ensemble.
Voici un livre très singulier, littéraire (mais pas hermétique !), qui restitue avec force et sensibilité la puissance de liens amicaux et l’intensité de la relation avec un animal : l’ami, on l’aura compris, c’est à la fois l’homme qui n’est plus et le chien de taille humaine.

Les heures indociles (Éric Marchal)

note: 5Dans le Londres des suffragettes FM - 12 octobre 2019écoutez

Eric Marchal nous propose régulièrement des romans historiques documentés qui restituent bien l’atmosphère et les événements d’une époque, en s’intéressant en particulier à la condition féminine. Dans celui-ci, nous plongeons dans l’Angleterre du début du XXè siècle en nous attachant à trois personnages et trois univers qui vont se rencontrer : Olympe, une jeune suffragette, un médecin français métis, et Horace de Vere Cole, artiste et farceur ayant réellement existé, auteur de canulars célèbres. Le rythme trépidant du roman nous emporte dans les bas-fonds d’un Londres pauvre et violent, auprès de l’avant-garde littéraire et artistique et dans un milieu médical qui s’ouvre diversement au progrès de la science et des mœurs ; et, surtout, cette fresque dépeint remarquablement le combat impressionnant des suffragettes, les violences subies, leurs échecs et leurs victoires. Une belle aventure romanesque nourrie de faits historiques.

Une étincelle de vie (Jodi Picoult)

note: 5Des choix éclairés FM - 12 octobre 2019écoutez

Dans le dernier établissement de santé du Mississipi à pratiquer l’avortement, une prise d’otages a lieu. Au sein de ce huis clos se retrouvent une jeune femme qui vient d’avorter, une jeune fille qui souhaite prendre un contraceptif, une militante pro-vie venue incognito pour récolter des preuves supposées de contraintes exercées sur les femmes, le personnel soignant qui, malgré les risques encourus, effectue des déplacements insensés pour aider des femmes, un père isolé qui n’a pas accepté de voir sa fille grandir… A travers les points de vue des différents protagonistes et le récit des vies qui gravitent autour d’eux, ce roman présente certaines circonstances qui peuvent conduire aujourd’hui une jeune fille ou femme à une grossesse non désirée, à vouloir l’interrompre ou pas, ou encore à s’agréger à un activisme anti-IVG, les cas de conscience ou pas, la dureté d’un système judiciaire implacable… L’autrice défend explicitement le droit des femmes à disposer de leur corps mais elle laisse réellement la place aux interrogations des différents personnages, très approfondis, sur cette « étincelle de vie », ce qui donne un livre original, puissant et nuancé.
Un roman sensible, subtil et bouleversant, qui restitue avec réalisme la situation préoccupante de l’accès à l’IVG dans l’Amérique contemporaine.

Les Racines de la colère (VINCENT JAROUSSEAU)

note: 5Récit-photo sociologique FM - 12 octobre 2019écoutez

« Deux ans d’enquête dans une France qui n’est pas en marche » : le sous-titre est éloquent et annonce la couleur, sans préciser cependant le lieu de l’action. L’auteur a été accepté dans l’intimité de familles vivant à Denain, petite ville minière du nord de la France, ravagée par la crise économique – une des communes les plus pauvres de France. La technique utilisée (celle du roman-photo mais avec les personnes réelles dans leur vraie vie) met le lecteur en prise directe avec la vie quotidienne de familles issues de milieux populaires. Une immersion saisissante dans les difficultés économiques et sociales.

Le chien de madame Halberstadt (Stéphane Carlier)

note: 4C'est mieux avec un chien FM - 7 octobre 2019écoutez

Baptiste est romancier, mais son dernier livre ne se vend pas très bien. Pendant qu’il l’écrivait, sa compagne l’a quitté. Les journées se succèdent, mornes et déprimantes. Un jour, une de ses voisines, Madame Halberstadt, lui force un peu la main pour qu’il garde son chien, un carlin, pendant quelques jours, le temps d’une opération. Réticent au début, Baptiste s’accommode finalement bien de cette compagnie qui semble donner un élan positif à sa vie : rencontre amoureuse, créativité… Mais Madame Halberstad va bientôt sortir de l’hôpital, alors Baptiste va-t-il vivre sans chien ?.. Un court roman atypique, avec quelques séquences assez drôles.
Sur ce thème de la relation entre un homme et un chien, lire aussi "Denise au Ventoux" de Michel Jullien, plus littéraire et, à mon goût, plus subtil.

Quand Hitler s'empara du lapin rose (Judith Kerr)

note: 5Touchant à tout âge FM - 8 août 2019écoutez

Un roman (lire également la suite, "Ici Londres") qui, du point de vue d'une enfant, restitue la cruauté du nazisme, la douleur de l'exil, de la migration, de la vie à reconstruire en Suisse, puis à Paris et enfin en Angleterre. Publié pour les enfants et jeunes adolescents, mais en réalité la qualité d'écriture est tout à fait adaptée aux adultes également.

La fin de la solitude (Benedict Wells)

note: 5Un peu triste, mais beau ! FM - 6 avril 2019écoutez

Un homme adulte se réveille à l'hôpital après un grave accident de moto. Cette récente proximité avec la mort l'emporte dans un flot de réminiscences... Nous plongeons dans les années 1980. Préadolescent franco-allemand, Jules est un enfant comme les autres, avec un grand frère et une grande soeur, et des parents qui ont leurs parts d'ombre et de lumière. Mais ils décèdent accidentellement, et les trois enfants vont passer la majeure partie de leur jeunesse dans un internat pas vraiment doré. Chacun va faire sa route, construire sa vie, mais "une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous." Du point de vue de Jules, nous approchons cette difficulté de vivre adoucie par la rencontre amoureuse, et la naissance d'enfants qui lui donneront la force d'envisager l'avenir.
Un beau roman existentiel.

Tenir jusqu'à l'aube (Carole Fives)

note: 5Mère "indigne" ! [livre numérique] FM - 15 janvier 2019écoutez

Comme la chèvre de Monsieur Seguin, la femme dont il est question dans ce court roman tire sur la corde et prend des risques… Mère célibataire, elle s’épuise dans la vie quotidienne fusionnelle avec son petit garçon, dans une impasse. Comment développer son activité professionnelle alors qu’elle n’a pas les moyens de faire garder son enfant ? Comment justifier qu’elle ait besoin d’air et de liberté alors que, travaillant « peu », elle est renvoyée à sa « chance » de pouvoir s’occuper à plein temps de son fils ? Peu à peu, germe l’idée qu’il serait possible de s’échapper un peu le soir, quelques minutes, quand cet enfant qu’elle aime tant est endormi… Et chaque soir, ce sera un peu plus long…
Bien loin du mythe de la mère parfaite, ce roman évoque sans tabou et avec une vraie tension dramatique les difficultés et les contradictions qui peuvent s’opposer dans l’éducation d’un jeune enfant, et la cruelle solitude d’une femme qui ressemble à beaucoup d’autres. Actuel, audacieux et touchant, une vraie réussite !

Tenir jusqu'à l'aube (Carole Fives)

note: 5Mère "indigne" ! FM - 15 janvier 2019écoutez

Comme la chèvre de Monsieur Seguin, la femme dont il est question dans ce court roman tire sur la corde et prend des risques… Mère célibataire, elle s’épuise dans la vie quotidienne fusionnelle avec son petit garçon, dans une impasse. Comment développer son activité professionnelle alors qu’elle n’a pas les moyens de faire garder son enfant ? Comment justifier qu’elle ait besoin d’air et de liberté alors que, travaillant « peu », elle est renvoyée à sa « chance » de pouvoir s’occuper à plein temps de son fils ? Peu à peu, germe l’idée qu’il serait possible de s’échapper un peu le soir, quelques minutes, quand cet enfant qu’elle aime tant est endormi… Et chaque soir, ce sera un peu plus long…
Bien loin du mythe de la mère parfaite, ce roman évoque sans tabou et avec une vraie tension dramatique les difficultés et les contradictions qui peuvent s’opposer dans l’éducation d’un jeune enfant, et la cruelle solitude d’une femme qui ressemble à beaucoup d’autres. Actuel, audacieux et touchant, une vraie réussite !

Une femme au téléphone (Carole Fives)

note: 5Mère pénible FM - 15 janvier 2019écoutez

« C’est toi ? ». Une mère téléphone sans cesse à sa fille (adulte) et lui raconte sa vie. Entre les récits de ses séjours à l’hôpital, de ses exploits amoureux, ses jugements sévères sur ses petits-enfants, ses confidences dérangeantes, ses conseils inopportuns… on devine en creux les années d’une relation mère-fille éprouvante. C’est original, subtil, et amusant voire carrément drôle !

Que nos vies aient l'air d'un film parfait (Carole Fives)

note: 5Enfants séparés FM - 15 janvier 2019écoutez

« J’avais douze ans et je les aurai toute ma vie ». Un couple qui se déchire, une femme fragile et instable, un divorce qui ne séparera pas seulement les adultes, mais aussi les enfants. On placera le fils avec le père, la fille avec la mère. C’est cette fille qui raconte la souffrance, la culpabilité, le sentiment d’avoir abandonné son petit frère, les efforts pour faire illusion, le point de vue de la mère. Un petit livre poignant.

Chronique des Clifton n° 1
Seul l'avenir le dira (Jeffrey Archer)

note: 5Addictif FM - 15 janvier 2019écoutez

Ce premier tome (paru en 2012) de la « Chronique des Clifton » commence dans l’Angleterre ouvrière du lendemain de la première guerre mondiale. Harry Clifton est un enfant pauvre, mais sa grande intelligence et sa voix exceptionnelle vont lui ouvrir les portes d’une scolarité brillante dans un collège privé. Orphelin de père, il perçoit très jeune l’incohérence des récits familiaux ; on découvrira au fil des pages que la naissance de Harry et le décès de son père ont partie liée à d’autres personnages, ce qui aura des conséquences tumultueuses sur le parcours du jeune garçon.
Le premier roman de la série emporte le lecteur dans les classes les plus éloignées de la société britannique, grâce à l’attachant personnage de Harry qui va s’intégrer peu à peu dans les milieux aristocratiques tout en s’interrogeant sur ses origines. Malgré un schéma romanesque qui peut sembler a priori assez convenu, cette « Chronique des Clifton » est absolument passionnante ; riche en beaux personnages nuancés, elle offre l’intérêt d’un arrière-plan historique, économique et politique solide et bien développé, qui fournit une matière intéressante à de nombreux rebondissements, donnant de la cohérence à chacun des sept tomes de la série. Le dernier a été publié en 2018.

Chronique des Clifton - Tome 1 : Seul l'avenir le dira (Jeffrey Archer)

note: 5Addictif ! [livre numérique] FM - 15 janvier 2019écoutez

Ce premier tome (paru en 2012) de la « Chronique des Clifton » commence dans l’Angleterre ouvrière du lendemain de la première guerre mondiale. Harry Clifton est un enfant pauvre, mais sa grande intelligence et sa voix exceptionnelle vont lui ouvrir les portes d’une scolarité brillante dans un collège privé. Orphelin de père, il perçoit très jeune l’incohérence des récits familiaux ; on découvrira au fil des pages que la naissance de Harry et le décès de son père ont partie liée à d’autres personnages, ce qui aura des conséquences tumultueuses sur le parcours du jeune garçon.
Le premier roman de la série emporte le lecteur dans les classes les plus éloignées de la société britannique, grâce à l’attachant personnage de Harry qui va s’intégrer peu à peu dans les milieux aristocratiques tout en s’interrogeant sur ses origines. Malgré un schéma romanesque qui peut sembler a priori assez convenu, cette « Chronique des Clifton » est absolument passionnante ; riche en beaux personnages nuancés, elle offre l’intérêt d’un arrière-plan historique, économique et politique solide et bien développé, qui fournit une matière intéressante à de nombreux rebondissements, donnant de la cohérence à chacun des sept tomes de la série. Le dernier a été publié en 2018.

Jules Matrat (Charles Exbrayat)

note: 5Syndrome post-traumatique FM - 12 janvier 2019écoutez

Jeune paysan dans la Loire, Jules Maltrat est mobilisé en 1914, incrédule devant cette guerre que sa faible éducation et son milieu familial fruste ne lui ont pas permis de deviner. Il part vers l’inconnu, laissant à regret sa fiancée et ses parents derrière lui. Mais au fil des ans, il se sent plus proche d’un camarade de combat, premier véritable ami, que des siens qui ne peuvent imaginer ce qu’est devenu son quotidien. Chaque permission est plus difficile. Et quand la guerre se termine, que Jules revient dans son univers d’avant-guerre, tout lui devient insupportable et le rend cruel avec ceux qui l’aiment.
Charles Exbrayat est connu pour ses romans policiers (plus de cent publiés au Masque), beaucoup moins pour ce premier et beau roman sorti en 1942 qui dresse un sensible portrait d’un homme simple, dépassé par sa souffrance, démuni pour l’exprimer.

Les feux de l'automne (Irène Némirovsky)

note: 5Revenir FM - 12 janvier 2019écoutez

Avec ce roman, nous suivons un couple de petits-bourgeois parisiens, à travers la Grande Guerre et dans ses lendemains. Bernard, jeune homme idéaliste et patriote, s’engage volontairement. Bien qu’éprouvé par le front et les combats, il refuse les opportunités de s’embusquer. Mais quand il s’agit de reprendre la vie normale, difficile de résister aux tentations offertes par des amis enrichis par la spéculation, même s’il faut pour cela renier toutes ses valeurs et rejeter son épouse Thérèse, personnage attachant. Ce livre dépeint la difficulté du retour à la vie quotidienne après la guerre, le constat douloureux de l’absence de reconnaissance de la société à l’égard des poilus survivants, et dresse un portrait vivant d’une bourgeoisie cynique des « années folles », avide de vivre avec frénésie, à la fois attirante et écœurante pour le jeune homme qui a perdu ses repères. Une belle découverte.

Invasion 14 (Maxence Van der Meersch)

note: 5Nord profond FM - 12 janvier 2019écoutez

De la guerre 14-18, c’est souvent la vie sur le front, ou à l’arrière mais dans des zones non occupées, qui est évoquée dans les romans. Celui-ci, publié pour la première fois en 1935, se distingue en campant la vie éprouvante des populations civiles dans le Nord bombardé et occupé, à Roubaix plus particulièrement. De ces années de souffrance et d’effroyable misère généralisée, les différents milieux sociaux sont très bien décrits, avec des courages et des lâchetés dans toutes les strates de cette population coupée de la France non occupée. Petits et grands trafics, détournement sans scrupule de l’aide alimentaire, violences, dénonciations, tromperies, règlements de comptes impitoyables… contrebalancés par des solidarités nouvelles. Il y a du Zola dans cette fresque romanesque qui mérite vraiment d’être redécouverte pour cette immersion dans une autre réalité de 14-18, mais également pour sa qualité d’écriture et sa belle galerie de personnages.

Patria (Fernando Aramburu)

note: 5Le roman du pays basque (livre numérique) FM - 12 janvier 2019écoutez

Il y a encore quelques années, les attentats qui faisaient l’actualité en Espagne émanaient le plus souvent de l’ETA, organisation indépendantiste basque. Patria nous transporte dans cette époque encore très récente, dans le pays basque espagnol, au sein d’un village proche de San Sebastian. Dans ce secteur, il est presque impossible de ne pas soutenir la cause indépendantiste. Les jeunes grandissent dans l’endoctrinement, ou à défaut dans la conscience qu’il faut participer pour s’intégrer : parler basque, contribuer aux collectes pour les prisonniers, manifester … Même s’il faut conserver une unité de façade, des familles se déchirent dans l’intimité. Et quand l’ETA réclame un impôt révolutionnaire de plus en plus important à un chef d’entreprise qui s’est élevé à la force du poignet, et que celui-ci résiste et refuse, c’est toute une vie d’amitiés qui s’effondre.
Enorme succès en Espagne, ce livre est resté assez confidentiel en France ; et pourtant, quel beau roman ! Peut-on (et comment ?), doit-on, pardonner, oublier, tourner la page, vivre avec légèreté, pendant et après des crimes et des lâchetés ? Cette question qui se pose inexorablement aux peuples meurtris par des guerres civiles traverse tout le livre, construit sur l’évocation de la vie d’avant et d’après l’annonce de la fin de la lutte armée.

Patria (Fernando Aramburu)

note: 5Le roman du pays basque FM - 12 janvier 2019écoutez

Il y a encore quelques années, les attentats qui faisaient l’actualité en Espagne émanaient le plus souvent de l’ETA, organisation indépendantiste basque. Patria nous transporte dans cette époque encore très récente, dans le pays basque espagnol, au sein d’un village proche de San Sebastian. Dans ce secteur, il est presque impossible de ne pas soutenir la cause indépendantiste. Les jeunes grandissent dans l’endoctrinement, ou à défaut dans la conscience qu’il faut participer pour s’intégrer : parler basque, contribuer aux collectes pour les prisonniers, manifester … Même s’il faut conserver une unité de façade, des familles se déchirent dans l’intimité. Et quand l’ETA réclame un impôt révolutionnaire de plus en plus important à un chef d’entreprise qui s’est élevé à la force du poignet, et que celui-ci résiste et refuse, c’est toute une vie d’amitiés qui s’effondre.
Enorme succès en Espagne, ce livre est resté assez confidentiel en France ; et pourtant, quel beau roman ! Peut-on (et comment ?), doit-on, pardonner, oublier, tourner la page, vivre avec légèreté, pendant et après des crimes et des lâchetés ? Cette question qui se pose inexorablement aux peuples meurtris par des guerres civiles traverse tout le livre, construit sur l’évocation de la vie d’avant et d’après l’annonce de la fin de la lutte armée.

La terre des mensonges (Anne Birkefeldt Ragde)

note: 5Saga norvégienne FM - 21 février 2018écoutez

Ce premier volume d'une trilogie nous introduit dans l'intimité d'une famille de paysans norvégiens, les Neshov. L'aîné de trois frères, Tor, est sous la coupe de sa mère impitoyable ; à presque 60 ans, il vit seul avec elle et le grand-père, dans une ferme gérée à l'ancienne où sa seule source de bonheur se trouve dans l'élevage de cochons. Le frère cadet, célibataire à la conscience tourmentée, est entrepreneur de pompes funèbres (ce qui nous vaut un début de roman assez dur, âmes très sensibles s'abstenir - ou sautez les premières pages). Et le benjamin a fui le pays, pour s'épanouir à Copenhague dans une vie luxueuse, créative, et une homosexualité joyeusement assumée. Ces trois frères qui ne se parlaient quasiment plus vont devoir se rapprocher au moment de l'hospitalisation de leur terrible mère, déclencheuse de révélations sur d'étonnants secrets familiaux...
Véritable "page-turner" nordique, ce roman est à la fois divertissant et profond, original, avec de beaux personnages. Une lecture dépaysante dans tous les sens du terme !

A tout moment la vie (Tom Malmquist)

note: 5Deuil et vie FM - 10 février 2018écoutez

Quasi autobiographique, ce roman suédois peut effrayer de prime abord : pas évident d’aborder l’histoire d’un homme, trentenaire, poète, confronté à l’hospitalisation de sa femme enceinte, très vite mourante, tandis que naît le bébé. Dans l’univers étrange de l’hôpital, il navigue de l’une à l’autre, tenant la famille à distance, bousculant les médecins pour décrypter leur langage. En deuil mais décidé à s’occuper de son enfant, il se remémore la vie de couple, l’émotion des rencontres, les décisions, les choix qu’il entend bien respecter.
Un livre très prenant, subtil, profond, émouvant sans racolage ni facilité, une belle surprise de lecture que l’on n’oublie pas.

Et soudain, la liberté (Évelyne Pisier)

note: 5Des vies très romanesques FM - 10 février 2018écoutez

Avant la liberté, il y a eu l’enfermement dans la condition traditionnelle de la femme au cours du XXè siècle, en l’occurrence la condition d’épouse d’un administrateur colonial, maurrassien, vichyste, dans l’Indochine et la Nouvelle-Calédonie de la fin et l’immédiat après-deuxième guerre mondiale. C’est l’histoire très romanesque de la mère d’Evelyne Pisier que nous découvrons, dans l’intimité d’une vie bourgeoise et confortable qui va être sérieusement bousculée par les soubresauts de l’Histoire et par l’énergie d’une femme qui va peu à peu prendre son envol, assoiffée de liberté : la décision de passer le permis de conduire pour circuler hors du contrôle des hommes, la lecture des livres de Simone de Beauvoir... autant d’étapes qui la conduiront à devenir une femme libre, quitte à subir la désapprobation et le pouvoir de nuisance de son milieu, et à transmettre cette liberté à sa fille. Soutenue par sa mère, avec laquelle elle entretient néanmoins une relation compliquée, Evelyne n’est pas en reste. A l’issue d’une enfance dorée mais malmenée par les désaccords parentaux, elle devient une femme audacieuse et volontaire, jeune divorcée qui, fait exceptionnel dans sa génération, deviendra professeure d’université après un doctorat en droit.
Un récit romancé passionnant, par ses personnages, les époques qu’il traverse, et sa construction originale.

Point cardinal (Léonor de Récondo)

note: 5Identité FM - 10 février 2018écoutez

Léonor de Récondo nous a habitués à des livres puissants, aux personnages engagés. Elle ne nous déçoit pas avec ce « Point Cardinal » qui évoque, avec audace et délicatesse, le sujet du transsexualisme à travers le personnage de Laurent, bon mari, bon père, attaché à sa vie familiale, mais tiraillé par son identité contrariée à laquelle il va laisser de plus en plus de liberté, au risque de bousculer les siens.

Point cardinal (Léonor de Récondo)

note: 5Identité FM - 10 février 2018écoutez

Léonor de Récondo nous a habitués à des livres puissants, aux personnages engagés. Elle ne nous déçoit pas avec ce « Point Cardinal » qui évoque, avec audace et délicatesse, le sujet du transsexualisme à travers le personnage de Laurent, bon mari, bon père, attaché à sa vie familiale, mais tiraillé par son identité contrariée à laquelle il va laisser de plus en plus de liberté, au risque de bousculer les siens.

La juge de trente ans (Céline Roux)

note: 5Juger FM - 10 février 2018écoutez

Difficile métier que celui de juge : il exige l’exemplarité, une rigueur intellectuelle et morale irréprochable, immerge dans les méandres de l’âme humaine, et quelle responsabilité ! Comment choisit-on une telle profession, comment la vit-on, d’autant plus quand on est jeune et nécessairement moins expérimenté que la plupart des personnes pour lesquelles on doit prendre des décisions bien graves ?
Ce beau témoignage, dans la collection « Raconter la vie », dévoile ces parcours qui intriguent et, parfois, dérangent.

À l'abattoir (Stéphane Geffroy)

note: 4Dans un abattoir FM - 10 février 2018écoutez

Le sujet peut effrayer… Dans la collection « Raconter la vie », voici le témoignage d’un homme qui travaille depuis 25 ans dans un abattoir. Choisit-on une telle activité ? Comment supporter le bruit, le sang, l’odeur, en parler à ses proches ? Peu de métiers suscitent une telle répulsion… Stéphane Geffroy évoque son parcours avec finesse et humanité, un regard à découvrir !

L'ascension du mont Blanc (Ludovic Escande)

note: 4Surprenants alpinistes FM - 10 février 2018écoutez

Éditeur parisien, Ludovic Escande traverse une passe difficile. Sa vie conjugale se délite, il perd le sommeil... et, un soir, fait part de ses rêves d’ailleurs et de liberté à l’écrivain Sylvain Tesson. Celui-ci, alpiniste expérimenté, lui annonce qu’il va l’emmener gravir le Mont-Blanc ! D’abord incrédule, Ludovic Escande se prend au jeu et tente de se préparer en pratiquant le footing matinal, sans renoncer néanmoins au tabac ni à l’alcool. L’été arrive, les deux compères se font héberger par l’écrivain Jean-Christophe Ruffin, autre excellent alpiniste, propriétaire d’un chalet à Saint-Gervais. Avant la grande ascension, les trois hommes de lettres et le « sherpa » de Ludovic alternent pendant quelques jours les excursions d’alpinisme (lors desquelles Ludovic réalise, en proie à de vraies crises de panique qu’il anesthésie à coups d’anxiolytiques, à quel point tout ceci est affreusement difficile) et les soirées arrosées. On est bien loin de recommandations hygiénistes ! Et on se demande d’ailleurs comment cet intellectuel parisien va pouvoir atteindre le mythique sommet...
J’ai passé un bon moment à la lecture de ce récit inattendu. Un autre regard sur l’aventure en montagne !

Les aventures tumultueuses d’un Suédois en Inde - Tome 1 : Les plus belles mains de Delhi (Mikael Bergstrand)

note: 5Une série hilarante FM - 14 octobre 2017écoutez

Göran Borg, divorcé non consolé, a une petite cinquantaine d’années, il est journaliste dans une agence de communication à Malmö et passe beaucoup de temps, sur son lieu de travail, à surfer sur internet sur des forums de foot… ce qui lui vaut un licenciement difficile à assumer socialement. Sans parler des relations difficiles qu’il entretient avec son fils, brillant étudiant en médecine consterné par les manques de son père. Göran anesthésie sa dépression naissante en engloutissant des pots de crème glacée, vautré devant la télé, quand un de ses vieux amis le convainc de participer à un voyage organisé en Inde, pour se changer les idées. Il accepte, même s’il déteste voyager. Le début du voyage est catastrophique, mais finalement l’Inde réserve bien des surprises et va changer la vie du grincheux Suédois…
Pendant les trois tomes (à cette date : 2017 ; y aura-t-il une suite ?), nous suivons avec jubilation les aventures réellement hilarantes de ce personnage attachant, tout comme la galerie d’autres personnages qui s’étoffent au fil des pages. Une excellente série !

Mères, filles, sept générations (Juliet Nicolson)

note: 5Comme un roman FM - 14 octobre 2017écoutez

A la lisière du roman et de la psycho-généalogie, Juliet Nicolson explore et analyse sa propre vie et les difficultés qu’elle a dû surmonter en racontant l’histoire de son étonnante famille à travers ses figures féminines hautes en couleurs, parmi lesquelles l’écrivaine Vita Sackwille-West, amie proche de Virginia Woolf. On passe des bas-quartiers de Malaga à la très haute aristocratie anglaise, en passant par les villas cossues d’Arcachon et une ambassade à Washington du temps d’Henry James. Mais derrière ces façades prestigieuses, ce sont les détresses humaines qui intéressent Juliet Nicolson : de génération en génération, que de rendez-vous ratés entre mères et filles… Elle s’intéresse à la difficile condition des femmes qu’ont dû endurer ses aïeules, fussent-elles économiquement privilégiées dans certains cas, mais aussi au rôle positif qu’ont pu jouer les hommes dans ces familles, tempérant parfois les effets des rancœurs, des jalousies et des blessures.
Un très beau récit littéraire, qui se lit comme un roman !

L'Iliade et l'Odyssée (Soledad Bravi)

note: 4Homère pour les nuls ! FM - 26 août 2017écoutez

La belle Hélène, Ulysse, cela vous dit bien quelque chose, mais Pâris, Priam, Agamemnon, pas trop ?
Ou vous avez lu vos classiques mais... c'est un peu loin et vous avez oublié qui était du côté des Troyens ou des Grecs ?
Vous êtes sauvé ! La jeune dessinatrice Soledad Bravi vous propose un résumé humoristique et efficace de L'Iliade et de L'Odyssée. Ce n'est pas mal du tout, et assez amusant.

Super sourde (Cece Bell)

note: 5Une BD jeunesse... pour les adultes aussi ! FM - 4 juillet 2017écoutez

Cet album, très largement autobiographique, donne le point de vue d'une petite fille sévèrement sourde, appareillée, et qui poursuit sa scolarité dans des établissements où elle est seule dans son cas. Elle essaie désespérément de dissimuler son handicap, mais la relation avec les autres est difficile...
Ce livre est bien adapté aux enfants mais il touchera également les plus grands : les aventures de la petite Cece sont très émouvantes, et par ailleurs le propos est réellement instructif.

La sonate à Bridgetower (Emmanuel Dongala)

note: 5Roman d'apprentissage FM - 9 juin 2017écoutez

Paris, 1789. Un jeune violoniste prodige se produit sur scène, poussé par son père qui a bien compris le talent exceptionnel de son enfant et s’est donné l’objectif de suivre le même chemin que Leopold Mozart avec son fils Wolfgang Amadeus. Mais cet enfant-là est un mulâtre, et son père, enfant d’esclave qui a bénéficié d’une belle éducation, se fait passer pour un prince d’Abyssinie : une touche d’exotisme qui attire les regards mais rend le séjour en France bien compliqué. Pour fuir les troubles, le père emmène son fils en Angleterre, espérant le succès et la fortune. Petit à petit, l’enfant de neuf ans grandit, comprend le monde qui l’entoure et les failles de son père, et fait son chemin de musicien exceptionnel à la cour d’Angleterre puis sur le continent.
Un très beau roman d’apprentissage dans l’Europe des Lumières, qui plaira aux mélomanes ! Il évoque aussi avec force les luttes pour l’abolition de l’esclavage.

Mélodie de Vienne (Ernst Lothar)

note: 5Saga viennoise FM - 9 juin 2017écoutez

Publié initialement aux Etats-Unis (en anglais en 1944, en allemand en 1946), ce roman est sorti pour la première fois à Vienne en 2016 avec le sous-titre « Roman d’une maison » ; et de fait, c’est autour d’une grande maison de la Vienne impériale, propriété d’une lignée de facteurs de pianos, qu’est construit ce roman historique qui nous emporte dans l’histoire de la capitale, de la fin du XVIIIè siècle jusqu’à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. Par l’intermédiaire des différents personnages, le lecteur revit le suicide du prince héritier (« Mayerling », cela vous rappelle quelque chose ?), la foisonnante vie intellectuelle et musicale de Vienne, le traumatisme de la première guerre mondiale, l’effondrement de l’empire austro-hongrois, la montée de l’antisémitisme et la prise de pouvoir par les nazis.
Ce gros roman de 650 pages est tout à fait passionnant. Dans l’intimité d’une famille, ses héritages, ses liens, ses tensions, le lecteur saisit pleinement l’esprit viennois et « les fondements de l’éternel autrichien », comme l’écrit l’auteur.

Mélodie de Vienne (Ernst Lothar)

note: 5Saga viennoise FM - 9 juin 2017écoutez

Publié initialement aux Etats-Unis (en anglais en 1944, en allemand en 1946), ce roman est sorti pour la première fois à Vienne en 2016 avec le sous-titre « Roman d’une maison » ; et de fait, c’est autour d’une grande maison de la Vienne impériale, propriété d’une lignée de facteurs de pianos, qu’est construit ce roman historique qui nous emporte dans l’histoire de la capitale, de la fin du XVIIIè siècle jusqu’à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. Par l’intermédiaire des différents personnages, le lecteur revit le suicide du prince héritier (« Mayerling », cela vous rappelle quelque chose ?), la foisonnante vie intellectuelle et musicale de Vienne, le traumatisme de la première guerre mondiale, l’effondrement de l’empire austro-hongrois, la montée de l’antisémitisme et la prise de pouvoir par les nazis.
Ce gros roman de 650 pages est tout à fait passionnant. Dans l’intimité d’une famille, ses héritages, ses liens, ses tensions, le lecteur saisit pleinement l’esprit viennois et « les fondements de l’éternel autrichien », comme l’écrit l’auteur.

La condition pavillonnaire (Sophie Divry)

note: 5Madame Bovary en Savoie FM - 9 juin 2017écoutez

Fin des années 50, M.-A. grandit dans une petite ville de province. Sans vocation particulière, elle fait sérieusement ses études à Lyon, se marie, travaille, a des enfants, une maison, des amis… Une vie ordinaire, prévisible et sans problème particulier qui devient ennuyeuse pour M.-A., frappée du syndrome de Mme Bovary. Les affres de l’adultère ne sont pas loin… M.-A. va-t-elle tout changer dans sa vie, ou s’accommodera-t-elle de ses frustrations ?
Le thème du livre peut sembler banal, mais son écriture ne l’est pas. Sophie Divry a relevé le défi d’écrire à la deuxième personne du singulier (clin d'oeil à Michel Butor ?), et cela fonctionne ! Le lecteur s’implique, du côté de l’écrivain ou du personnage, dans cette vie quotidienne qui laisse un goût un peu amer. Il faut aimer le roman réaliste, presque cynique : dans ce genre-là, c'est excellent.

Différente (Sara Lövestam)

note: 5Déjanté et sensible FM - 9 juin 2017écoutez

Premier roman de l’auteur de « En route vers toi », ce livre a une trame pour le moins audacieuse : un trio amoureux entre Martin, un beau jeune homme irrésistiblement attiré par les femmes aux membres amputés ou manquants, sa meilleure amie Leo, lesbienne haute en couleurs, et Paula, brillante universitaire handicapée de naissance qui rencontre Martin par petite annonce. Cela peut rebuter… mais ce roman déjanté mérite vraiment d’être lu ! Les hésitations amoureuses, les conflits familiaux, les jugements a priori, la peur du regard… sont universels, et Sara Lövestam les évoque avec subtilité et humour.

En route vers toi (Sara Lövestam)

note: 5Un roman à découvrir FM - 9 juin 2017écoutez

Ce roman nous emporte dans deux époques de la Suède : la vie d’aujourd’hui, et celle du début du XXè siècle, sur les traces des luttes des femmes pour l’obtention du droit de vote.
Hanna est une jeune femme sans enthousiasme, résignée dans un travail (conseillère à l’équivalent suédois de notre Pôle Emploi) et une vie conjugale peu exaltants, mais elle ne s’imagine pas mériter mieux. Un concours de circonstances la fait entrer en possession d’une paire de belles bottines anciennes qu’elle se décide à essayer et qui, telles des bottes de sept lieues, lui insufflent une énergie oubliée qui va lui donner l’audace de secouer sa vie.
Avec ces bottines, une broche et des lunettes très anciennes, fils conducteurs qui relient l’Hanna du XXIè siècle à Signe, jeune institutrice du début du XXè. Celle-ci, dans un village reculé, tente de lutter contre la pression sociale qui enjoint les femmes à se marier, et s’indigne de la différence des salaires entre hommes et femmes. Son chemin va croiser celui des suffragettes suédoises, en lutte pour le droit de vote des femmes – un aspect intéressant du livre, sans qu’il soit pesant.
J’ai beaucoup aimé ce roman à la fois contemporain et historique, qui est par moments très drôle mais aussi très émouvant, avec une vraie intrigue et des personnages forts.

En route vers toi (Sara Lövestam)

note: 5Un roman à découvrir FM - 9 juin 2017écoutez

Ce roman nous emporte dans deux époques de la Suède : la vie d’aujourd’hui, et celle du début du XXè siècle, sur les traces des luttes des femmes pour l’obtention du droit de vote.
Hanna est une jeune femme sans enthousiasme, résignée dans un travail (conseillère à l’équivalent suédois de notre Pôle Emploi) et une vie conjugale peu exaltants, mais elle ne s’imagine pas mériter mieux. Un concours de circonstances la fait entrer en possession d’une paire de belles bottines anciennes qu’elle se décide à essayer et qui, telles des bottes de sept lieues, lui insufflent une énergie oubliée qui va lui donner l’audace de secouer sa vie.
Avec ces bottines, une broche et des lunettes très anciennes, fils conducteurs qui relient l’Hanna du XXIè siècle à Signe, jeune institutrice du début du XXè. Celle-ci, dans un village reculé, tente de lutter contre la pression sociale qui enjoint les femmes à se marier, et s’indigne de la différence des salaires entre hommes et femmes. Son chemin va croiser celui des suffragettes suédoises, en lutte pour le droit de vote des femmes – un aspect intéressant du livre, sans qu’il soit pesant.
J’ai beaucoup aimé ce roman à la fois contemporain et historique, qui est par moments très drôle mais aussi très émouvant, avec une vraie intrigue et des personnages forts.

L'enfant qui mesurait le monde (Metin Arditi)

note: 5Un roman de résilience FM - 11 février 2017écoutez

Nous sommes à l’époque actuelle, sur une petite île grecque qui ressemble un peu à un village d’autrefois. Chacun a un mot, une attention gentille pour Yannis, un enfant autiste de 8 ans surdoué en calcul qui maîtrise ses angoisses par de savantes hypothèses mathématiques. Autour de lui gravitent sa mère, jeune femme courageuse et épuisée, Eliot, un architecte américain d’origine grecque venu sur les traces de sa fille décédée accidentellement sur l’île, les personnages typiques du village – le maire, le prêtre…
Surgit une énorme proposition commerciale, susceptible de conduire enfin l’île vers la modernité mais aussi d’abîmer le paysage paradisiaque et les relations de confiance entre les habitants, le tout dans un contexte de crise grecque encadrée par l’Europe, au grand agacement de politiciens corrompus.
Dans une île qui s’ouvre aux charmes et aux risques du monde contemporain, un homme vieillissant va peu à peu accepter de faire le deuil de sa fille pour aider un autre enfant qui n’a jamais été aussi bien compris.

Quel beau roman ! Les vies cabossées de ses protagonistes, très bien articulées avec l’évocation de la situation de la Grèce contemporaine, sont touchantes sans caricature.

Révolution n° 1
L'idéal (Hilary Mantel)

note: 3Roman historique ambitieux et original FM - 19 janvier 2017écoutez

Premier livre de la romancière anglaise Hilary Mantel, Révolution a été écrit dans les années 70 mais n’a été traduit et publié en français qu’en 2016, bien après son autre série phare, Le Conseiller, consacrée aux Tudor.
Il s’agit ici de la révolution française, d’un point de vue romanesque centré sur les personnages de Camille Desmoulins, Georges Danton, et Maximilien Robespierre. C’est à la fois la force et la limite du roman : il ne faut surtout pas en attendre un résumé pédagogique de l’histoire de la Révolution, mais savourer la complexité romanesque de ces destins hors du commun.
La forme littéraire peut être un peu déroutante, avec des ruptures de style qui affirment la présence des échanges ou des confrontations entre les personnages, et évoquent bien aussi le rythme frénétique de l’époque ; on est loin du roman historique traditionnel, et c’est une originalité que j’ai appréciée même si elle bouscule un peu le lecteur. Le style reste fluide et le roman se lit facilement, à condition d’être suffisamment concentré pour ne pas perdre le fil.
Sur le plan strictement historique, j’ai trouvé que l’une des grandes réussites de cette somme était de faire vraiment sentir à quel point la Révolution française a été un processus long (tout ne s’est pas effondré le 14 juillet 1789), mouvant, fragile, fruit d’ambitions et de manœuvres politiques, mais aussi d’idéaux.

L'Arabe du futur n° Tome 3
Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987) (Riad Sattouf)

note: 5Une série passionnante (tome 3) FM - 18 janvier 2017écoutez

Riad grandit. A travers son regard, le lecteur perçoit les tiraillements du couple parental, la corruption qui sévit en Syrie, un modèle économique et un mode de vie aux antipodes de la France. Le petit Riad, comme tous les enfants, s’adapte à son quotidien mais il navigue d’une culture à l’autre sans toujours en comprendre le sens.
Ce troisième tome ne déçoit pas : il est aussi riche, subtil et émouvant que les précédents, et on en termine la lecture en attendant avec impatience la suite des aventures de la famille Sattouf !

L'Arabe du futur n° 2
Une jeunesse au Moyen-Orient, 1984-1985 (Riad Sattouf)

note: 5Une série passionnante (tome 2) FM - 18 janvier 2017écoutez

Ce deuxième tome, aussi réussi que le premier, est celui des débuts du petit Riad à l’école syrienne. Bien que terrorisé par la violence des enseignants et de ses pairs, il s’intègre, apprend l’arabe, partage les jeux des enfants de son âge. Toile de fond, la Syrie dictatoriale d’Hafez El-Hassad, des modes de vie qui continuent à déconcerter la maman de Riad, et les tiraillements de son père Abdel, qui a intégré des valeurs occidentales mais reste attaché aux traditions et aux règles de sa culture familiale.

L'Arabe du futur n° 1
Une jeunesse au Moyen-Orient, 1978-1984 (Riad Sattouf)

note: 5Une série passionnante (tome 1) FM - 18 janvier 2017écoutez

Ce premier tome d’une série autobiographique nous emmène, à travers le regard du petit Riad, dans la Lybie puis la Syrie du début des années 1980.
La maman de Riad est bretonne, son papa, Abdel, est Syrien, ils se sont connus étudiants à Paris alors que le brillant jeune homme préparait un doctorat d’histoire. La thèse achevée, ils s’installent en Lybie où le jeune docteur, convaincu par le panarabisme et désireux d’éduquer les nouvelles générations pour que l’ « Arabe du futur » puisse se tenir droit face aux Occidentaux, obtient un poste à l’université. Mais la vie sous le régime de Kadhafi se révèle difficile, et la petite famille déménage pour la Syrie, dans le village de la famille d’Abdel.
Evocation de la situation politique du Moyen Orient au tournant des années 1980, différences culturelles, personnage très attachant d’un petit garçon intelligent, sensible et doué en dessin… font de cette bande dessinée un livre passionnant, accessible dès le collège.

Différence invisible (Julie Dachez)

note: 5Etre autiste Asperger FM - 18 janvier 2017écoutez

Marguerite est une belle jeune femme intelligente, qui a un travail stable dans les bureaux d’une entreprise, est attachée à son chat et à son chien, et vit en couple. Sa vie est réglée comme du papier à musique, faite de rituels immuables. Elle a des goûts simples (regarder longuement la nature dans un parc, rester chez elle, au calme, pour câliner ses animaux), qui donnent aux autres le sentiment que sa vie est ennuyeuse. Et, surtout, elle rencontre de vraies difficultés dans ses interactions avec autrui : elle ne comprend pas l’humour des autres personnes, ne sait pas « parler pour ne rien dire », ne supporte pas les soirées entre amis dans lesquelles elle se sent décalée et épuisée par le bruit. Au hasard de recherches sur internet, elle en vient à soupçonner qu’elle pourrait être « Aspie ». Un diagnostic permet en effet d’établir qu’elle est autiste, atteinte du syndrome d’Asperger : un nouveau monde s’ouvre à elle, dans lequel tout prend sens, et qui lui permet de se faire de vrais amis, enfin ! Mais elle découvre aussi que les préjugés sur l’autisme sont tenaces, et qu’il n’est décidément pas facile de faire accepter sa différence…
Cette remarquable bande dessinée dévoile cette « différence invisible » qu’est le syndrome d’Asperger, un trouble du spectre autistique insuffisamment diagnostiqué en France.

Lucie ou La vocation (Maëlle Guillaud)

note: 4Prendre le voile FM - 18 janvier 2017écoutez

Ce roman nous fait partager un mystère, celui de la foi profonde qui anime une jeune femme, Lucie, au point de la conduire à devenir religieuse dans un couvent austère – on devine qu’il s’agit d’un Carmel. A intervalles réguliers, le point de vue de sa meilleure amie, qui ne comprend pas sa démarche, est évoqué à la première personne, comme un rappel au « monde » et à l’individualité.
Que l’on soit a priori intéressé par les questions religieuses ou pas, on pourra être touché dans tous les cas par ce livre qui évoque le processus d’entrée dans les ordres, avec tout ce que cela comporte de joie et d’exaltation pour cette jeune femme, mais aussi de déception face aux faiblesses humaines des sœurs, de la Supérieure du couvent, face également à ses propres limites. Il s’agit finalement d’un roman initiatique, dans un univers et une démarche très particuliers. Si le roman ne dissimule rien des souffrances endurées, des manipulations dans un système non dénué de perversité, il ne prend pas parti et laisse au lecteur la liberté de ses sentiments et de son interprétation.
Un premier roman original et réussi.

Laëtitia ou la fin des hommes (Ivan Jablonka)

note: 5Un roman vrai, inclassable, bouleversant ! FM - 18 janvier 2017écoutez

En 2011, une jeune fille de 18 ans, Laëtitia Perrais, était sauvagement assassinée dans l’Ouest de la France. Un fait divers sordide qui, pour diverses raisons, a été particulièrement médiatisé et récupéré politiquement. L’historien Ivan Jablonka, dont la démarche ici est également celle d’un sociologue mais avant tout d’un écrivain, a eu envie, pour redonner à Laëtitia son existence et ne pas la réduire à sa mort, de comprendre sa vie et la raconter.
Ce livre magnifique est inclassable. C’est de la « littérature du réel », comme l’écrit son auteur, et à ce titre il s’agit bien d’un roman, d’une œuvre littéraire d’une magistrale humanité dans laquelle on s’attache aux personnages des deux sœurs jumelles qui construisent petit à petit leur vie. C’est aussi une enquête, qui s’intéresse à l’enfance en danger accompagnée par les travailleurs sociaux, à la misère, aux déterminismes, au fonctionnement de la Justice, mais aussi aux espoirs permis malgré tout. Dans ce cheminement, l’auteur s’exprime, s’interroge, ne cache pas son émotion. Tout ceci contribue à faire de « Laëtitia » un objet littéraire singulier et bouleversant.

Laëtitia ou la fin des hommes (Ivan Jablonka)

note: 5Un roman vrai, inclassable, bouleversant ! FM - 18 janvier 2017écoutez

En 2011, une jeune fille de 18 ans, Laëtitia Perrais, était sauvagement assassinée dans l’Ouest de la France. Un fait divers sordide qui, pour diverses raisons, a été particulièrement médiatisé et récupéré politiquement. L’historien Ivan Jablonka, dont la démarche ici est également celle d’un sociologue mais avant tout d’un écrivain, a eu envie, pour redonner à Laëtitia son existence et ne pas la réduire à sa mort, de comprendre sa vie et la raconter.
Ce livre magnifique est inclassable. C’est de la « littérature du réel », comme l’écrit son auteur, et à ce titre il s’agit bien d’un roman, d’une œuvre littéraire d’une magistrale humanité dans laquelle on s’attache aux personnages des deux sœurs jumelles qui construisent petit à petit leur vie. C’est aussi une enquête, qui s’intéresse à l’enfance en danger accompagnée par les travailleurs sociaux, à la misère, aux déterminismes, au fonctionnement de la Justice, mais aussi aux espoirs permis malgré tout. Dans ce cheminement, l’auteur s’exprime, s’interroge, ne cache pas son émotion. Tout ceci contribue à faire de « Laëtitia » un objet littéraire singulier et bouleversant.

L'Administrateur provisoire (Alexandre Seurat)

note: 5A la découverte d'un secret de famille FM - 17 novembre 2016écoutez

Alexandre Seurat, révélé en 2015 par son excellent livre "La maladroite", s'attaque à un autre sujet sensible, cette fois-ci au sein de sa famille.
Pendant l'Occupation, les "administrateurs provisoires" étaient chargés par le régime de Vichy de gérer les biens des Juifs spoliés. Ils l'ont fait avec plus ou moins de zèle, en profitant éventuellement pour s'enrichir au passage... Comment aborder ce sujet tabou avec ses proches quand on découvre que son propre arrière-grand-père a collaboré, que son implication a toujours été minimisée ?
Dans ce roman documentaire très touchant, Alexandre Seurat mêle avec talent l'enquête historique et la confrontation aux tensions familiales.

L'administrateur provisoire (Alexandre Seurat)

note: 5A la découverte d'un secret de famille FM - 17 novembre 2016écoutez

Alexandre Seurat, révélé en 2015 par son excellent livre "La maladroite", s'attaque à un autre sujet sensible, cette fois-ci au sein de sa famille.
Pendant l'Occupation, les "administrateurs provisoires" étaient chargés par le régime de Vichy de gérer les biens des Juifs spoliés. Ils l'ont fait avec plus ou moins de zèle, en profitant éventuellement pour s'enrichir au passage... Comment aborder ce sujet tabou avec ses proches quand on découvre que son propre arrière-grand-père a collaboré, que son implication a toujours été minimisée ?
Dans ce roman documentaire très touchant, Alexandre Seurat mêle avec talent l'enquête historique à la confrontation aux tensions familiales.

Tout dort paisiblement, sauf l'amour (Claude Pujade-Renaud)

note: 4Dans le Danemark du 19è siècle FM - 17 novembre 2016écoutez

Une belle évocation du philosophe danois Kierkegaard, de son parcours intellectuel et humain, du Danemark au 19è siècle, à travers le regard de sa fiancée.

Tout dort paisiblement, sauf l'amour (Claude Pujade-Renaud)

note: 4Dans le Danemark du 19è siècle FM - 17 novembre 2016écoutez

Une belle évocation du philosophe danois Kierkegaard, de son parcours intellectuel et humain, du Danemark au 19è siècle, à travers le regard de sa fiancée.

Chanson douce (Leïla Slimani)

note: 5Un prix Goncourt mérité FM - 12 novembre 2016écoutez

Quel risque prenons-nous en confiant nos enfants à une personne dont nous savons nécessairement peu ? Cette angoisse de tous les parents de jeunes enfants constitue un fantastique ressort romanesque, finalement peu exploité dans la littérature. Leïla Slimani s'est brillamment emparée de ce sujet, dans un roman thriller bien écrit, facile à lire, et en même temps d'une grande profondeur. Il pointe la dureté du monde contemporain (solitude de la jeune mère au foyer, cruelles exigences du monde professionnel, misère sociale de l'employée...) et interpelle sur les responsabilités de chacun, dans une habile construction romanesque aux personnages nuancés. Un prix Goncourt bien mérité !

Le dernier des nôtres (Adélaïde de Clermont-Tonnerre)

note: 2Très décevant FM - 1 novembre 2016écoutez

Le sous-titre du livre m'avait fait hésiter (cela fleure bon le mélo), mais les bonnes critiques m'ont tentée donc j'ai commencé ce livre hier, après avoir lu qu'il avait obtenu le Grand Prix de l'Académie Française.
J'en suis à la page 118 sur 488, et je vais m'arrêter là : c'est vraiment trop mauvais. Intrigue à grosses ficelles, personnages caricaturaux, écriture vulgaire et même des fautes de français... Nous sommes très, très loin de la littérature... Sans ambition démesurée, on peut trouver bien d'autres romans d'excellente qualité en cette rentrée littéraire.
 

Mémoire de fille (Annie Ernaux)

note: 5La honte d'une jeune femme FM - 10 septembre 2016écoutez

Née en 1940, Annie Ernaux a été révélée au grand public avec La place, en 1984. Elle a beaucoup évoqué dans son œuvre les difficultés de la condition féminine pour sa génération, mais aussi ses origines sociales modestes, et l’expérience de la honte vécue dans des situations où, du fait de sa propre ascension intellectuelle et sociale, elle prenait conscience des différences de classes et du regard qui pouvait être posé sur ses parents et elle (vocabulaire, accent, style vestimentaire, etc.).
Bien qu’elle ait largement exploré son histoire dans ses livres, Annie Ernaux n’arrivait pas à « traiter » un moment grave et essentiel de son existence : l’été de ses 18 ans, l’été 1958. Mais si le moment était venu d’écrire son dernier livre ? Elle décide donc, coûte que coûte, d’affronter ces événements vieux de 60 ans mais toujours très douloureux pour elle : accablants, insupportables. Elle raconte dans ce livre cet été lors duquel, monitrice dans une colonie de vacances, elle perd sa virginité - première expérience sexuelle qui restera pour elle « la grande mémoire de la honte, plus minutieuse, plus intraitable que n'importe quelle autre. Cette mémoire qui est en somme le don spécial de la honte. »
Ce retour sur le passé en fait un livre particulièrement poignant, restituant une expérience de ce que pouvaient être les relations entre jeunes gens dix ans avant mai 68, et les conséquences désastreuses possibles.

Mémoire de fille (Annie Ernaux)

note: 5La honte d'une jeune femme FM - 10 septembre 2016écoutez

Née en 1940, Annie Ernaux a été révélée au grand public avec La place, en 1984. Elle a beaucoup évoqué dans son œuvre les difficultés de la condition féminine pour sa génération, mais aussi ses origines sociales modestes, et l’expérience de la honte vécue dans des situations où, du fait de sa propre ascension intellectuelle et sociale, elle prenait conscience des différences de classes et du regard qui pouvait être posé sur ses parents et elle (vocabulaire, accent, style vestimentaire, etc.).
Bien qu’elle ait largement exploré son histoire dans ses livres, Annie Ernaux n’arrivait pas à « traiter » un moment grave et essentiel de son existence : l’été de ses 18 ans, l’été 1958. Mais si le moment était venu d’écrire son dernier livre ? Elle décide donc, coûte que coûte, d’affronter ces événements vieux de 60 ans mais toujours très douloureux pour elle : accablants, insupportables. Elle raconte dans ce livre cet été lors duquel, monitrice dans une colonie de vacances, elle perd sa virginité - première expérience sexuelle qui restera pour elle « la grande mémoire de la honte, plus minutieuse, plus intraitable que n'importe quelle autre. Cette mémoire qui est en somme le don spécial de la honte. »
Ce retour sur le passé en fait un livre particulièrement poignant, restituant une expérience de ce que pouvaient être les relations entre jeunes gens dix ans avant mai 68, et les conséquences désastreuses possibles.

Belgravia (Julian Fellowes)

note: 4Dans l'aristocratie anglaise du XIXè siècle FM - 10 septembre 2016écoutez

Après Snobs et Passé imparfait, Julian Fellowes nous régale d’un nouveau roman, plus proche de ses activités de scénariste de télévision. Ce roman historique est en effet construit comme un feuilleton à rebondissements, même s’il trouve une vraie cohérence de roman.
Tout commence à Bruxelles, le 15 juin 1815, lors d’un grand bal la veille de Waterloo. Se croisent à cette occasion les grands noms de l’aristocratie anglaise, mais un roturier a réussi à s’introduire : le responsable de l’intendance du duc de Wellington. On va retrouver ce M. Trenchard 25 ans plus tard à Londres, où il s’est brillamment élevé grâce à son sens des affaires. Il est amené à fréquenter l’aristocratie, mais celle-ci continue à fonctionner selon ses propres codes.
Mariage caché, liaisons adultères, arrivisme, snobisme invétéré, dettes de jeu, amour triomphant… tous les ingrédients du romanesque sont présents dans un Londres en plein développement immobilier.
J’ai trouvé ce roman très agréable à lire, divertissant, mais moins original et plus superficiel que les deux précédents livres de Julian Fellowes.

Les rues d'hier (Silvia Tennenbaum)

note: 5Excellent roman historique FM - 10 septembre 2016écoutez

Du début du XXè siècle aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, ce roman nous propose de suivre l'histoire d'une famille de la grande bourgeoisie juive allemande, installée à Francfort mais que le siècle va bien sûr conduire à l'éparpillement.
Au-delà de la saga familiale, très réussie d'ailleurs, j'ai particulièrement apprécié la subtilité avec laquelle l'auteur met en relief l'enchaînement des événements historiques et politiques, et la façon dont chaque personnage va aborder ces événements et, selon les cas, les minimiser, les nier, les affronter, les fuir... De ce point de vue, ce roman fait réfléchir également sur l'actualité contemporaine, et ce n'est pas la moindre de ses qualités - même s'il peut être lu avec très grand plaisir de façon plus superficielle.

Les rues d'hier (Silvia Tennenbaum)

note: 5Excellent roman historique FM - 3 septembre 2016écoutez

Du début du XXè siècle aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, ce roman nous propose de suivre l'histoire d'une famille de la grande bourgeoisie juive allemande, installée à Francfort mais que le siècle va bien sûr conduire à l'éparpillement.
Au-delà de la saga familiale, très réussie d'ailleurs, j'ai particulièrement apprécié la subtilité avec laquelle l'auteur met en relief l'enchaînement des événements historiques et politiques, et la façon dont chaque personnage va aborder ces événements et, selon les cas, les minimiser, les nier, les affronter, les fuir... De ce point de vue, ce roman fait réfléchir également sur l'actualité contemporaine, et ce n'est pas la moindre de ses qualités - même s'il peut être lu avec très grand plaisir de façon plus superficielle.

La Grande Arche (Laurence Cossé)

note: 5Une aventure architecturale FM - 17 mai 2016écoutez

Parmi les grands chantiers voulus par François Mitterrand, celui de l'arche de la Défense aura eu une histoire comportant tous les ingrédients du romanesque : pouvoir, passion, mort, rebondissements... Ce livre de Laurence Cossé est de ce point de vue-là un vrai roman, mais il est aussi un récit, un documentaire, un hommage à l'architecte oublié (qui se souvient de l'auteur de la Grande Arche ?), une description sans fard des rouages de la décision politique, une évocation des évolutions de la commande publique et de leurs conséquences sur la création architecturale.
Un très beau roman atypique, à la fois littéraire, politique, technique.

La Grande Arche (Laurence Cossé)

note: 5Une aventure architecturale FM - 17 mai 2016écoutez

Parmi les grands chantiers voulus par François Mitterrand, celui de l'arche de la Défense aura eu une histoire comportant tous les ingrédients du romanesque : pouvoir, passion, mort, rebondissements... Ce livre de Laurence Cossé est de ce point de vue-là un vrai roman, mais il est aussi un récit, un documentaire, un hommage à l'architecte oublié (qui se souvient de l'auteur de la Grande Arche ?), une description sans fard des rouages de la décision politique, une évocation des évolutions de la commande publique et de leurs conséquences sur la création architecturale.
Un très beau roman atypique, à la fois littéraire, politique, technique.

Snobs (Julian Fellowes)

note: 5Un peu cruel, mais si amusant ! FM - 27 avril 2016écoutez

Ayant beaucoup aimé "Passé imparfait", publié par le même auteur en 2014, je me suis lancée dans la lecture de "Snob", qui était sorti en 2007.
Le narrateur, comédien professionnel issu de l'aristocratie britannique, raconte l'histoire d'Edith, ravissante roturière bien élevée qui épouse le rejeton un peu ennuyeux d'une riche et très noble famille. Son rêve d'ascension sociale réalisé, va-t-elle supporter les très nombreuses contraintes qui vont de pair avec son nouveau statut ? Dans une écriture très élégante et un humour britannique irrésistible (pour ceux qui apprécient), Julian Fellowes décortique les snobismes de la société anglaise contemporaine. On a parfois l'impression d'être transporté dans l'univers de Jane Austen, version fin XXè siècle, et avec un regard de l'auteur un peu plus critique.
J'ai passé un excellent moment à lire ce roman que j'ai trouvé à la fois très drôle et passionnant.

Noir négoce (Olivier Merle)

note: 4La traite des noirs en roman historique FM - 17 mars 2016écoutez

Une vingtaine d'années avant la Révolution Française, un jeune officier formé à l'école d'hygrographie du Havre embarque pour son premier voyage au long cours. Le navire marchand fait un détour par l'Afrique pour un commerce dont le jeune homme découvre avec l'effroi l'existence : la traite des esclaves noirs.
Olivier Merle (fils de Robert Merle, pour ceux qui ont lu "Fortune de France") est professeur d'histoire à l'université (Clermont-Ferrand). Bien documenté et bien écrit, ce roman retient le lecteur, et le conduit à s'intéresser de plus près à ce pan terrible de notre histoire dont on ne connaît souvent que les grandes lignes.
J'ai été un peu déçue par le dénouement, que j'ai trouvé trop romanesque pour être complètement crédible. Cela permet néanmoins à ce livre de n'être pas trop triste ! Quoi qu'il en soit, je recommande la lecture de ce roman, qui me donne envie de découvrir les autres livres d'Olivier Merle.

Les retranchées (Anne Lemieux)

note: 4Des femmes après 14 FM - 25 février 2016écoutez

La guerre de 14-18 fut un roulant compresseur pour une génération d'hommes. Mais quelles conséquences pour les mères, épouses, filles, petites-filles ?...
Ce premier roman très maîtrisé explore les traumatismes vécus par plusieurs générations de femmes d'une même famille marquée par la Grande Guerre.
Original et réussi : écrivain à suivre !

(25/2/2016)

L'annonce (Marie-Hélène Lafon)

note: 5Une nouvelle vie FM - 15 janvier 2016écoutez

Nevers est située à mi-chemin entre le Cantal et Paris : c'est là que vont se rencontrer pour la première fois les deux principaux personnages, après des contacts épistolaires consécutifs à la parution d'une petite annonce. Leur projet : rompre la solitude, ne pas se résigner, se donner une chance... et pourquoi pas l'amour ? Elle quitte Paris avec son petit garçon, et rejoint l'agriculteur dans son Cantal. Il faut s'apprivoiser, s'adapter à cette nouvelle vie ensemble, sous le regard de la famille/belle-famille et des voisins, et peu à peu s'émanciper.
De son écriture ciselée, Marie-Hélène Lafon nous offre avec ce roman une belle histoire optimiste. On est réellement touché par ces personnages un peu abîmés par la vie, et que l'on a envie d'accompagner longtemps.
J'aime tous les livres de Marie-Hélène Lafon, mais à ce jour celui-ci reste mon préféré !

Les pays (Marie-Hélène Lafon)

note: 5Itinéraire pudique d'une ascension sociale FM - 19 décembre 2015écoutez

On peut être fille de paysans du Cantal et brillante élève à l'école, faire des études à la Sorbonne, devenir enseignante. C'est l'itinéraire de Claire dans ce roman (qu'on devine autobiographique), qui évoque avec beaucoup de subtilité la distance qui s'installe quand le chemin de vie diffère de celui de la famille...
Très beau !

L'échappée (Valentine Goby)

note: 5Musique et amour interdit FM - 18 décembre 2015écoutez

Madeleine est une jeune paysanne bretonne, femme de chambre dans un hôtel occupé par les Allemands. Un officier lui demande de tourner les pages de ses partitions lorsqu'il joue au piano. Elle est progressivement touchée par la musique, univers inconnu, mais aussi par cet homme sensible...
Un beau roman qui déploie la vie de Madeleine, de sa jeunesse jusqu'à sa maturité, dans un contexte historique qui n'a pas été tendre pour les femmes.


Passé imparfait (Julian Fellowes)

note: 5Drôle et touchant FM - 17 décembre 2015écoutez

Le narrateur de ce roman est sollicité par un vieux camarade d'études à Cambridge pour l'aider à retrouver celle de leurs congénères de ces temps lointains qui aurait eu un enfant de lui. A partir de là, on suit ce personnage dans sa quête, dans les affres de sa vie sentimentale actuelle, et surtout aussi dans la restitution de ce qu'a été la vie de cette jeunesse dorée dans les années 50 en Angleterre. Nous naviguons alors dans les hautes sphères de l'aristocratie, mais être adolescent dans les années 50 n'est facile pour personne... Et découvrir, des dizaines d'années plus tard, ce que chacun est devenu dans une société dont les codes ont éclaté peut se révéler assez surprenant !
Un gros roman très bien écrit, intéressant et divertissant.

Dix-sept ans (Colombe Schneck)

note: 5Devenir une femme à dix-sept ans FM - 12 décembre 2015écoutez

L'adolescence, l'âge des possibles, de la légèreté ? A dix-sept ans, l'auteur a vécu un terrible rappel à sa condition de femme. De très nombreuses années plus tard, elle trouve la force de raconter ce qu'elle n'a jamais oublié.
Très court, très fort.

Les grandes villes n'existent pas (Cécile Coulon)

note: 4Raconter la vie FM - 5 décembre 2015écoutez

"Raconter la vie" , c'est la collection dans laquelle est publié ce livre, et c'est le projet fou de l’historien Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, spécialiste de l’histoire de la démocratie : donner une voix au « Parlement des invisibles ». Un site internet (http://raconterlavie.fr/ ) où chacun peut témoigner, et des livres confiés à des « plumes » qui proposent des récits sociologiques, ethnographiques, littéraires…
Dans "Les grandes villes n’existent pas" (2015), Cécile COULON, jeune et talentueuse romancière auvergnate, évoque à travers ses souvenirs la vie des jeunes dans les villages isolés du Cantal. Un témoignage sur un aspect de la ruralité bien connu aussi dans d'autres départements et régions.
A découvrir aussi dans cette collection : "Le corps des autres", d'Ivan Jablonka (ou comment un historien découvre le travail des esthéticiennes), et "Le moindre mal" de François Begaudeau (une infirmière vue par un écrivain).

L'intérêt de l'enfant (Ian McEwan)

note: 5Très beau roman juridique FM - 13 novembre 2015écoutez

Fiona, brillante magistrate anglaise londonienne de 59 ans, est spécialisée en droit de la famille. A ce titre, elle doit rendre des jugements dans des situations souvent difficiles, qui appellent des analyses pointues sur le plan juridique mais suscitent aussi beaucoup de réactions sur le plan moral. Perturbée par une affaire de bébés siamois (fallait-il les séparer et condamner l’un à mort pour donner toutes ses chances à l’autre ?), elle sent sa vie personnelle vaciller lorsque son mari lui annonce ses velléités d’aventure extraconjugale. C’est alors qu’un nouveau jugement se présente à elle : le cas, urgent, d’un adolescent leucémique qui refuse une transfusion indispensable à sa vie, du fait de son appartenance aux Témoins de Jéhovah.
Ce roman très britannique nous plonge dans le milieu juridique, autour d’une question centrale : où est l’intérêt de l’enfant ? Le rythme du roman est trépidant malgré l’exploration des problématiques juridiques, et on s’attache au personnage de Fiona et au cheminement de sa réflexion, malmenée par ses problèmes personnels. Difficile d’interrompre sa lecture car on a envie de savoir la suite !
J’ai beaucoup aimé ce livre, qui articule avec finesse l’analyse juridique et l’interrogation morale, dans un cadre romanesque très réussi.

Un verre de lait, s'il vous plaît (Herbjørg Wassmo)

note: 5Roman réaliste FM - 15 octobre 2015écoutez

De Herbjorg WASSMO, auteure norvégienne, on connaît surtout les passionnantes sagas nordiques (Le Livre de Dina, Cent ans...) qui font la part belle à des personnages de femmes dont le lecteur suit les chemins de vie souvent difficiles mais qui sortent des sentiers battus. Dans le roman "Ces instants-là", nettement autobiographique, on devine en quoi la vie de l'auteur a pu inspirer sa création littéraire.
Mais avec "Un verre de lait, s'il vous plaît", on change de registre tout en conservant le talent. Plus actuel, ce roman est construit autour du personnage de Dorte, une jeune femme lituanienne ravissante et naïve. Pensant trouver un travail de serveuse en Suède, elle se laisse entraîner dans un réseau de prostitution dont elle subit la violence glaçante. Elle y rencontrera néanmoins des gestes d'humanité, qui permettent au roman de ne pas se limiter à la description d'un univers sordide.
Quoique sombre, dur, éprouvant, ce livre mérite vraiment d'être lu, à la fois pour sa belle qualité littéraire et pour sa dimension presque documentaire. Mais avant tout, il s'agit bien d'un roman que l'on a du mal à fermer avant de l'avoir terminé, tant il est prenant.
Sur un sujet proche, mais dans un registre plus historique et un autre style d'écriture, je conseillerais aussi la lecture du très beau roman "Purge" de Sofi Oksanen.

La maison du docteur Laheurte (Michel Bernard)

note: 5Beaucoup de charme FM - 7 octobre 2015écoutez

Dans le décor des rives du lac d'Annecy, en été, le roman initiatique d'un adolescent. Une écriture belle et fluide, une pincée de nostalgie, la découverte de la lecture et de la musique... Un roman qui a vraiment beaucoup de charme !

Échapper (Lionel Duroy)

note: 5Echapper aux tourments FM - 19 septembre 2015écoutez

Pour échapper à un nouveau désastre dans sa vie personnelle (voir les romans précédents de Lionel Duroy, mais leur lecture n'est absolument pas indispensable pour apprécier celle-ci), le narrateur entreprend un voyage dans le nord de l'Allemagne sur les traces du peintre Emil Nolde et du livre "La leçon d'allemand", de Siegfried Lenz. Présenté ainsi, cela semble un peu austère... mais il ne faut pas s'effrayer ! Ce très beau roman nous entraîne dans une introspection psychologique, dans une réflexion sur la création artistique et littéraire, sur le sens du devoir (jusqu'où faut-il obéir ?), avec en toile de fond, magnifiquement dépeints, les paysages et l'atmosphère de l'Allemagne du nord, à la limite du Danemark. L'amour trouve aussi sa place dans ce roman, d'une très belle manière, par la surprise de ces rencontres que l'on n'espère plus dans les pires moments de la vie et qui cependant se produisent.
Une lecture passionnante et une magnifique découverte pour moi, ce qui m'a donné envie de lire les autres livres de Lionel Duroy.

Ce n'est pas toi que j'attendais (Fabien Toulmé)

note: 5Un autre regard sur la trisomie FM - 15 septembre 2015écoutez

Que l'on soit ou non amateur de bande dessinée, impossible d'être indifférent à cet album.
L'auteur raconte, à la première personne, à quel point il est angoissé, à chacune des grossesses de son épouse, à l'idée de devenir un jour père d'un enfant trisomique. C'est effectivement ce qui lui arrive et, s'il fait face par sentiment de responsabilité, il éprouve lucidement de vraies difficultés à aimer cet enfant. Mais... à vous de découvrir la suite !
Ce très beau livre décrit les affres de ce jeune père avec beaucoup de franchise, mais n'est jamais larmoyant. Au passage, si on n'est pas familier de la trisomie, on sortira de cette lecture avec moins de préjugés.

La meilleure d'entre nous (Sarah Vaughan)

note: 5Délicieusement doux-amer FM - 12 septembre 2015écoutez

Angleterre. Quatre femmes et un homme ont été sélectionnés pour participer à un concours de pâtisserie, qui permettra au gagnant de vivre de sa passion et son talent pour les douceurs sucrées et salées. La préparation du concours est l’occasion pour chacun de faire le point sur sa vie, se confronter à ses rêves non réalisés, ses renoncements, ses frustrations, d’évaluer sa volonté et sa capacité à se donner une nouvelle chance.
J’aime la pâtisserie, c’est pourquoi le thème de ce roman a attiré mon attention ! J’ai cependant commencé ma lecture avec quelques a priori, m’attendant à une histoire un peu trop sirupeuse. Eh bien non ! Il s’agit plutôt d’un livre doux-amer, où le fil conducteur du concours de pâtisserie et des réalisations culinaires des impétrants permet de découvrir des personnages en souffrance, dans des situations familiales et sociales très différentes. Le livre exploite le goût contemporain pour les émissions de cuisine et les multiples accessoires culinaires que l’on peut trouver aujourd’hui dans le commerce ; il joue cependant assez subtilement du paradoxe que vivent ces femmes, fascinées par le modèle d’épouse et mère au foyer accomplie qu’incarne la figure de Kathleen Eaden, icône du concours, mais décidées à se donner la chance d’une autre vie.

La part des flammes (Gaëlle Nohant)

note: 5Un très bon roman ! FM - 12 septembre 2015écoutez

Un roman à la fois historique et psychologique, d’aventure également, que j’ai lu avec plaisir pendant mes vacances d’été. Les personnages sont attachants, évoquant pour certains des archétypes du patrimoine littéraire, mais avec une modernité dans laquelle on ressent la finesse d’analyse et le regard critique et éclairé de l’auteur. Quelques beaux personnages masculins jalonnent le roman (notamment celui du cocher de la duchesse) mais j’ai surtout apprécié le traitement des figures féminines qui, dans cette aventure très romanesque, ne dissimule pas la dureté de la condition de la femme au XIXè siècle et laisse deviner les progrès qui se dessinent en cette époque charnière.

Un amour impossible (Christine Angot)

note: 5Emouvant FM - 12 septembre 2015écoutez

Un homme et une femme vivent une histoire d’amour dans les années 50. L’homme est direct : il n’épousera pas cette femme parce qu’elle ne correspond pas à son niveau social, et s’ils ont un enfant, il ne l’élèvera pas. C’est en effet ce qui se produit. Mais la femme est une mère heureuse et fière de sa fille, qui le lui rend bien. Tout se gâte à l’adolescence, où le père refait surface et, par son influence, engendre la dégradation des relations entre la mère et la fille ; elles se retrouveront néanmoins mais marquées à vie par les souffrances vécues.
Je n’avais jusqu’à présent lu aucun livre de Christine Angot, n’ayant pas très envie de me confronter à la violence de ce qu’ils annonçaient. Celui-ci paraissait différent et ce qu’il semblait aborder de la relation mère-fille m’a intéressée. C’est effectivement une très belle évocation de l’amour intense qui unit la mère et sa fille, mais l’ambivalence des sentiments, la duplicité de la figure du père, nuancent la belle histoire pour en faire un roman sombre et émouvant.

La maladroite (Alexandre Seurat)

note: 5La maltraitance d'un enfant FM - 12 septembre 2015écoutez

Il s’agit d’une petite fille de 8 ans à laquelle il est arrivé malheur, mais on ne saura exactement quoi que dans les dernières pages.
Le roman est construit comme une succession de points de vue qui évoque le procédé du reportage avec des témoignages, mais ici il n’y a aucun commentaire. Ce sont les différents témoins (la grand-mère, la tante, l’institutrice, le frère, la première directrice, le médecin scolaire, la gendarme…) qui, par leurs récits, vont conduire le lecteur à prendre connaissance de l’histoire de cette petite fille. Une intensité dramatique s’installe dans cette succession de témoignages qui se répondent et se complètent.
Un roman très singulier et très fort sur la maltraitance des enfants. Il est inspiré d’un fait divers, et propose une réponse à cette question que l’on se pose inévitablement quand on apprend ce genre de drame : comment cela a-t-il pu arriver ? Ici, chacun des témoins savait, la plupart ont essayé de faire quelque chose, mais on a le sentiment qu’il y a toujours ce moment fatal du doute, de la peur de l’erreur judiciaire, de la crainte de ne pas rester à sa place et d’en faire trop… cette frontière invisible entre la résignation, voire la lâcheté, et le courage de sortir de soi et de prendre des risques parce que le pire est possible et qu’on en a l’intuition. Ce petit livre (122 pages) est, dans son dépouillement, sa simplicité, très percutant.

La cache (Christophe Boltanski)

note: 5Une famille étonnante FM - 12 septembre 2015écoutez

L'histoire d’une famille hors normes, qui a engendré des personnes célèbres (le sociologue Luc Boltanski, le plasticien Christian Boltanski). Une famille mi-juive mi-catholique, dans laquelle se rencontrent les destins d’une petite fille normande arrachée à une famille modeste pour être élevée par une femme riche, et d’un petit garçon brillamment intelligent issu de l’immigration russe. Leur histoire va les rattraper, les conduisant à vivre en vase clos, en famille totalement fusionnelle à la fois bourgeoise et affamée, dans une éducation libertaire et étouffante.
Il s’agit ouvertement d’une autobiographie, écrite par le petit-fils des deux figures principales du récit. Cela se lit comme un roman (quelle aventure, d’ailleurs !), mais la construction est parfois un peu complexe car le récit n’est pas chronologique.
Un très beau livre qui ne ressemble à rien ! Il m’a parfois fait penser au Roman Russe d’Emmanuel Carrère, par rapport à l’évocation de l’histoire familiale et ce qu’elle laisse dans les vies des descendants. La comparaison s’arrête là, car les styles sont par ailleurs très différents.
J’ai été très touchée par ce point de vue de Christophe Boltanski sur sa famille : on sent la présence d’un attachement très profond à ses grands-parents, oncles et tantes, évoqué avec douceur et lucidité, dans un esprit critique bienveillant.

Oeuvre non trouvée

note: 5Un conte bien plaisant ! FM - 28 août 2015écoutez

Je suis de longue date une inconditionnelle du duo Bacri-Jaoui dont j'ai aimé tous les films, qu'ils y aient tenu la caméra ou uniquement leur place de comédiens.
Avec la subtilité et l'humour qui la caractérisent, Agnès Jaoui nous propose dans ce film de rencontrer les archétypes des contes de notre enfance, mais dans une version très moderne et décapante : la jeune princesse naïve, l'inquiétant prédateur, la bonne fée, la marâtre... s'incarnent dans des personnages attachants ou intrigants, sans oublier l'irrésistible Jean-Pierre Bacri qui rejoue sans nous lasser son rôle de bougon hypocondriaque. On ne voit pas le temps passer dans ces aventures trépidantes et c'est avec regret que l'on abandonne ces personnages qui, "au bout du conte", auront tous surmonté les épreuves.
Je ne suis pas déçue : Agnès Jaoui confirme un vrai talent de réalisatrice sans négliger, heureusement pour nous, sa carrière de comédienne.

Kouri (Dorothée Werner)

note: 4Une femme et une vie fascinantes FM - 22 août 2015écoutez

Beau récit romanesque qui évoque la vie de Germaine Tillion, entrée au Panthéon en 2015.
Quelle justice, quel humanisme, dans un monde dévasté moralement ?
En filigrane dans ce livre, beaucoup de questions toujours d'actualité , et un chemin de vie fascinant qui force l'admiration.

Les forêts de Ravel (Michel Bernard)

note: 5Splendide roman musical FM - 18 août 2015écoutez

Un roman du « centenaire 14-18 » à découvrir ! Poétique, musical, envoûtant, il évoque avec pudeur les blessures de la guerre et dévoile une facette inattendue du compositeur du célébrissime Boléro.

Une sacrée mamie n° 1 (Yoshichi Shimada)

note: 5Un manga à découvrir FM - 21 septembre 2014écoutez

Même si on n'est vraiment pas attiré par les mangas, on se laisse prendre au jeu.
Le héros de la série est un petit garçon, dans le Japon des années 50, qui est assez brutalement confié à sa grand-mère parce que sa mère, à Hiroshima, n'arrive plus à s'occuper de lui. C'est donc la découverte d'une vie plus rude qui commence, dans une pauvreté que la "sacrée mamie" affronte avec bonne humeur et dignité, essayant de transmettre d'autres valeurs à son petit-fils. Une histoire à la fois triste et joyeuse, qui ne peut pas laisser indifférent.
Il s'agit d'une série de mangas "pour enfants", mais on apprécie aussi en tant qu'adulte.

Les cousins Karlsson n° 1
Espions et fantômes (Katarina Mazetti)

note: 5Une vraie réussite FM - 2 juin 2014écoutez

Mon fils de 9 ans adore cette série romanesque, visiblement très prenante !

Toute passion abolie (Vita Sackville-West)

note: 5Délicieusement "british", un brin provocateur FM - 26 février 2014écoutez

Devenue veuve, une Lady très âgée et très distinguée décide de faire enfin ce qu'elle veut de sa vie, et non plus ce qu'on attend d'elle... (et surtout pas ce que ses enfants souhaiteraient !).
Par une contemporaine de Virginia Woolf, un roman alerte, poétique, introspectif et vivant.

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